Le microcrédit comme politique d’économie sociale

Bien qu’il n’existe aucun consensus au sein du milieu universitaire et professionnel quant à la définition de l’économie sociale, ce principe est souvent qualifié de compromis entre l’économie de marché et l’État. Pour le Chantier de l’Économie sociale, ce principe renvoie à deux volets qui sont souvent mis en opposition, soit l’«économie» et le «social». Le premier concept s’appuie sur une logique strictement productive, notons ici, la création de biens et de services. Le deuxième fait plutôt référence à la rentabilité sociale des activités en dehors de ce cadre purement économique. Les organisations s’insérant dans la logique de l’économie sociale agissent donc en vue de servir la communauté ou ses membres en dehors des considérations de rentabilité financière.

Le microcrédit est à la fois une activité comprise dans le spectre de l’économie sociale tout en étant un moyen important de le financer. Il consiste essentiellement en l’attribution d’un prêt par une institution bancaire à une population exclue du marché de financement traditionnel. Sa popularité grandissante dans les pays en développement ou en transition s’explique par le fait qu’il offre une chance à des microprojets de se concrétiser. L’offre de prêts à montants réduits dont le taux d’intérêt est souvent inférieur à celui du marché a comme impact d’augmenter considérablement le spectre des emprunteurs. Parmi ceux-ci, il est possible de retrouver de nombreux acteurs locaux qui, en investissant dans leur communauté, favorise le développement des services directement offerts aux citoyens. Ceux-ci peuvent toucher plusieurs domaines tels la santé, l’économie sociale, l’artisanat, etc. Il permet donc de répondre à des besoins au niveau local tout en créant un sentiment de collectivité au sein des communautés. Parmi les emprunteurs profitant de ce type de financement, il est impossible de passer sous silence la gente féminine, qui représentent près de 82% des 128 millions de personnes les plus pauvres profitant de celui-ci.

Le microcrédit et l’expérience brésilienne

À bien des égards, le Brésil semble un pays prospère.  En effet, il se positionne comme la 7e puissance économique à ce jour. De plus, l’accroissement de sa classe moyenne favorise la croissance constante de son PIB et ses politiques sociales très développées représentent environ 40% des dépenses publiques. Néanmoins, le niveau de vie moyen du pays  ne reflète pas la réalité économique sur le terrain. Il est fréquent d’attribuer au Brésil le record mondial en termes d’inégalité des conditions humaines. Notons que la population recensée comme étant pauvre frôle les 34% alors que ce taux, dans les économies à distribution du PIB semblable, avoisine les 10%.

C’est dans ce contexte que les institutions s’adonnant au microcrédit peuvent permettre l’amélioration des conditions d’une partie de la population souffrant de la pauvreté. Elles leurs offrent une chance de s’intégrer à l’économie du pays. Par contre, les institutions bancaires brésiliennes s’adonnant aux micro-financements ne réussissent pas à servir ceux qui en ont pleinement besoin. Le microcrédit au Brésil ne dessert ainsi qu’une faible proportion de clients à faible revenu. Aussi, les fonds octroyés sont dans 65% des cas destinés à la consommation, ne permettant pas de générer de la valeur à long terme.   

La perspective du microcrédit qui serait davantage orientée vers un système de crédit populaire finançant des microprojets au niveau communautaire n’est pas amplement développée au Brésil. Le cas d’Alessandra França qui, à l’âge de 25 ans a fondé la banque Perola dans l’État de Sao Paulo, est un exemple de ce type de perspective. La banque en question offre des prêts d’investissement aussi bas que 240$ US pour un maximum de 1000$ US à un taux d’intérêt 4% qui est largement inférieur au 14% des banques traditionnelles.

Afin de réellement créer un effet de levier visant à améliorer la condition humaine, les créanciers du microcrédit porteraient une plus grande attention à la question «sociale» de l’économie, plutôt qu’à la logique strictement financière du prêt.

Article rédigé par Émeric Côté

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